Les donativos de Compostelle sont ils en danger ?

Un peu d’histoire

Lorsque les premiers pèlerins empruntèrent le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, ils allaient frapper aux portes afin de trouver une famille qui pourraient leur offrir le gîte et le couvert pour la nuit. A l’époque cela ne se faisait pas gratuitement, mais il n’était pas question d’argent pour autant : c’était ce que l’on pouvait appeler un échange de bons procédés.

Contre des petits travaux sur place, le pèlerin était nourri et logé, et pouvait repartir dans de bonnes conditions le lendemain pour affronter sa longue journée de marche. Cette pratique était courante chez les familles chrétiennes, et elle fut développée par bon nombre de monastères, de couvents, de prêtres etc … Même aujourd’hui, il y a encore beaucoup de ces établissements qui font office de donativos. Par définition, le donativo fonctionne sur le modèle de la libre participation aux frais. Il y a en général une boîte et les pèlerins donnent ce qu’ils veulent en fonction de ce qui leur a été proposé.

Trop d’abus

Oui mais voilà, aujourd’hui cette pratique pose problème pour une raison qui gouverne le monde aujourd’hui : l’argent. Un donativo reçoit en moyenne une vingtaine d’euros pour une prestation en demi pension, ce qui est largement en dessous des prix du marché certes, mais qui est adapté à la prestation proposée. Parfois les gens donnent plus, parfois moins, cela dépend du profil et surtout des moyens de chacun.

Aujourd’hui les donativos font face à certains abus de la part de ce qu’ils qualifient de « voyageurs voulant passer des vacances à moindre coût » ou encore de « randonneurs déguisés en pèlerin ». Entendons par là, des randonneurs ou marcheurs touristiques qui se font passer pour des pèlerins et qui profitent d’un système qui, à la base, n’a pas été conçu directement pour eux, mais pour les gens dans le besoin. Cette problématique nous a été très bien expliquée par un propriétaire de donativo accueillant des pèlerins chez lui. Voici un extrait de son mail :

J’en suis désolé, mais nous n’accueillons plus en participation libre , suite à de trop nombreux abus de la part de marcheurs que je n’ose qualifier de pèlerins tant ils sont éloignés de l’esprit du Chemin et dont la seule motivation est de passer des vacances à bon marché sur le dos des accueillants […].

Il détaille ensuite le fondement de son accueil :

Mais surtout, je ne suis pas un gite et encore moins une chambre d’Hôtes et je n’accueille que des Pèlerins munis de leur sac à dos (ni touristes et randonneurs déguisés en Pèlerin).

De véritables campagnes de dénigrement

La deuxième problématique à laquelle font face les donativos, sont les campagnes de dénigrement de la part d’autres établissements, souvent situés aux alentours et qui les accusent de perdre du chiffre d’affaire à cause d’eux. Les pratiques sont multiples pour ce genre de campagne, mais parmi elles on pourra citer :

  • Dépôt d’avis négatifs en masse sur les sites Internet (Nous allons d’ailleurs réagir en prenant des mesures pour notre propre site Internet)
  • Rabatteurs postés à l’entrée des villages pour « rabattre » les pèlerins (nous avions fait un article il y a quelques temps à ce sujet, il est consultable ici.)
  • Dénonciation aux impôts, URSSAF etc ..
  • Demande de suppression des guides touristiques
  • Pressions diverses

Force est de constater que certains propriétaires de donativos ont cédé et sont passés à des tarifs dits « fixes » pour échapper à tout cela, et tenter de calmer le jeu. Mais au delà de ça, une question se pose : Que vont devenir les donativos ? Seul l’avenir nous le dira, mais il faut tenir compte aussi qu’un pèlerin qui vient en donativo en accepte les règles, et que pour une moyenne de 25 euros la demi pension, il ne va pas s’attendre à trouver une prestation 4 étoiles. Si cela ne lui convient pas, il est tout à fait en droit d’aller frapper ailleurs, quitte à payer plus cher.

Ensemble …

Le Chemin de Compostelle est long, sa force est justement sa diversité, tant au niveau de l’accueil, que des pèlerins en eux mêmes et il est dommageable de voir apparaître ce genre de petite querelle, car au final ce sont autant les établissements traditionnels que les donativos qui en font les frais . Il y a de la place pour tout le monde, chaque marcheur est libre d’aller où il le souhaite pour la nuit (gîte, chambre d’hôtes, ferme, donativo, gîte municipal etc …) de faire sa propre cuisine ou de se faire servir, de dormir dans un lit de fortune ou un plus confortable. Dans un futur proche, il serait dans l’intérêt de tout le monde que les accueillants, qu’ils soient en donativo ou non, se serrent les coudes afin que perdure l’esprit du Chemin …

Voici quelques Donativos de Compostelle

Mise à jour du 28/06/15

Cet article rédigé il y a 7 mois était prémonitoire, puisqu’aujourd’hui se déroule une incroyable enquête judiciaire sur le donativo « Pelerin d’Emmaüs ». Accusé d’être tour à tour une escroquerie, un hôtel, un lieu de vente d’alcool, ils ont vu leurs lits être mis sous scellé, et se sont vu convoqués devant le tribunal.

Une pétition est disponible à cette adresse pour les soutenir : Cliquez ici pour la pétition